Le blog du Colibri

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De Jean-Marie à Marine

Gérard Longuet, forcément. Si un poids lourd de l’UMP devaitsuccomber aux appels du pied de Marine Le Pen, et lui délivrer le brevet de respectabilité qu’elle espérait tant, c’était forcément au ministre de la Défense que ce rôle peu glorieux devait échoir. Comme un retour aux sources...

Dans l’hebdomadaire d’extrême droite "Minute", Gérard Longuet déclare donc : "Nous n’aurons pas, avec elle [Marine Le Pen,NDLR], de Durafour crématoire et autre 'détail'. Tant mieux, car il sera désormais possible de parler de sujets difficiles avec un interlocuteur qui n’est pas bienveillant, mais qui, au moins, n’est pas disqualifié".

Au moins les choses sont-elles de plus en plus claires. La présidente du Front national n’est pas encore tout à fait une alliée. Elle est déjà un "interlocuteur" digne, parfaitement fréquentable, et avec lequel on peut "discuter". En attendant mieux...

L’entente n’est pas encore cordiale, mais les préliminaires sont encourageants. Il faut dire que ces jours-ci, Nicolas Sarkozy paye de sa personne. Alors demain, qui sait, l’accord avec le Front national sera envisageable puisque le combat de l’extrême droite est désormais "compatible avec la République" comme l’expliquait la semaine dernière le président-candidat lui-même.

"Marine et Nicolas, ensemble, tout leur deviendra possible" pourrait-on oser pour parodier le slogan de campagne de Sarkozy en 2007 ?

De la droite "décomplexée" à la droite "déboutonnée"

L’union de "toutes les droites", des démocrates-chrétiens aux lepénistes, des gaullistes à l’extrême-droite la plus rance, le maurrassien Patrick Buisson en rêvait, Gérard Longuet en pose la première pierre.

On sait que le premier, nostalgique de l’œuvre du Maréchal, a pris en mains la campagne de Nicolas Sarkozy jusqu’à "gouroutiser" le candidat UMP pour lui dicter un discours exaltant le "vrai travail" opposé au "corporatisme" de syndicats "nuisibles" invités à "déposer le drapeau rouge", les "racines chrétiennes" d’une France menacée par une fantasmatique invasion islamiste, ou encore en appeler à ceux qui "aiment vraiment la France" par opposition au camp de "l’anti-France" regroupé sous la bannière "multiculturaliste" de François Hollande.

Au vu de son pedigree, Gérard Longuet apparaît, lui, comme le parfait homme de main à même de mettre en oeuvre la première étape du rapprochement avec l’extrême-droite. En 2007, Nicolas Sarkozy promettait l’avènement d’une "droite décomplexée". Cinq ans plus tard, Gérard Longuet est une sorte de pionnier de la "droite déboutonnée", sans pudeur, ni tabous.

Car le ministre de la Défense n’est pas du genre à rechigner lorsqu’il s’agit de mettre les mains dans le cambouis des alliances nauséabondes : son passé plaide pour lui. Rien d’étonnant à ce qu’il fasse ainsi sauter dans "Minute" une de ces digues républicaines supplémentaires dont Dominique de Villepin s’affolait la semaine dernière de les voir tomber une à une.

Il suffit de se pencher un instant sur son parcours. Si l’histoire est un éternel recommencement, Gérard Longuet doit vivre comme une seconde jeunesse depuis que son candidat, Nicolas Sarkozy, s’est engagé dans une virulente croisade hostile aux immigrés au lendemain du premier tour de la présidentielle.

Longuet rédigea le programme du FN en 1973

En 1964, le jeune Longuet, tout juste 18 ans à l’époque, fut l’un des fondateurs du mouvement Occident, groupuscule étudiant musclé plus à son aise dans l’usage de la barre à mine que dans la dispute idéologique. En 1967, arrêté à l’occasion d’une de ces escapades particulièrement sanglantes, Longuet est d’ailleurs condamné pour "violences et voies de fait avec armes et préméditation" pour avoir participé à une descente sur le campus de l’université de Rouen à l’issue de laquelle un étudiant de gauche avait été laissé dans le coma.

Une fois Occident dissous en conseil des ministres, en juin 1968, Gérard Longuet poursuit ses classes brunes au sein d’Ordre Nouveau, un autre groupuscule d’extrême-droite guère plus pacifique. Emmenés par Alain Robert, les nervis d’Ordre Nouveau constituent en octobre 1972 le noyau fondateur, et dirigeant, du Front national. Le toujours jeune et fringant Longuet, 26 ans, n’a alors qu’un reproche à faire au nouveau président du FN, un certain Jean-Marie Le Pen : il le trouve un rien "mollasson". A ses yeux, Le Pen est suspect de faire preuve d’une tendresse coupable à l’endroit de la "République corrompue" et d’un système parlementaire qu’il juge vermoulu. Longuet réussit toutefois à se faire adopter par Le Pen.

C’est un familier de la villa Poirier, l’appartement des Le Pen situé dans le XVe arrondissement de Paris qui sera soufflé par un attentat en 1976. Longuet pèse tellement dans l’appareil fantomatique du FN que c’est lui, tout juste sorti de l’ENA en 1973, qui va être l’un des principaux rédacteurs du premier programme économique du Front national. Dans le minuscule parti d’extrême droite, les cadres efficaces et les technocrates brillants sont rarissimes.

Longuet prend donc la plume pour pondre une brochure de 31 pages qui s’intitule "Défendre les Français". De longs passages sont consacrés à la famille, à la jeunesse, "gagnée par la pourriture, le gauchisme, le hippysme, la drogue, le conformisme et l’apolitisme". Le texte fustige également avec virulence "les tentatives de politisations générales conduites dans les lieux d’enseignement comme dans les entreprises ou les services communaux". Enfin, le programme réclame une amnistie totale pour les anciens terroristes de l’OAS, dont la geste meurtrière a toujours fasciné Longuet.

"Longuet, paye ta cotise !"

Adolescent, le petit Gérard était farouchement attaché à la défense de l’Empire colonial français. Cultivant une veine héritée du combat poujadiste, la brochure défend également les PME, les petits commerçants, les libertés syndicales ou encore la "neutralité de l’ORTF". Enfin, à propos de l’immigration, "le FN exige que soit mis fin aux politiques absurdes qui tolèrent une immigration sauvage dans des conditions matérielles et morales désastreuses pour les intéressés et déshonorantes pour notre pays".

Toutefois, si les convictions sont inébranlables, chevillées au corps, l’ambition n’est pas moins présente. Le jeune énarque a soif de pouvoir. Il rêve de devenir vite député, puis ministre et a conscience de perdre son temps à l’extrême-droite. Gérard Longuet ne tarde donc pas à se recycler au Parti Républicain (PR) dès le milieu des années 1970. Sans perdre tout-à-fait des idées qui seront plus d’une fois à l’origine de rechutes, en particulier sur l’immigration.

Il n’empêche qu’à l’extrême-droite, Longuet, qui était à l’orée des années 1970, l’un des plus prometteurs rejetons de Le Pen, passe pour un traître. Un renégat qui aura vendu des convictions d’airain pour une carrière de notable repu. Si bien que lorsque Longuet devint ministre du gouvernement Chirac, en 1986, puis du gouvernement Balladur en 1993, on se mit à entendre fréquemment dans les cortèges du Front national de jeunes insolents scander à son adresse : "Longuet, paye ta cotise !"

En se tournant résolument vers Marine Le Pen, il semble bien que Gérard Longuet ait décidé de payer ses arriérés et de se mettre à jour.



02/05/2012
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